CHAPITRE 12 - MARSEILLE   V2

 

     Avant de quitter son hôtel, Phil savait qu’il rencontrerait à Marseille une vieille connaissance dont il avait retrouvé la trace. Les contacts étaient pris, la première date fixée. Il savait aussi qu’ensuite, l’improvisation serait de mise et la durée du séjour serait au diapason.

    Heureux de retrouver cette ville magnifique fréquentée à plusieurs reprises une bonne vingtaine d’années plus tôt, il savait devoir la retrouver changée, embellie. Il avait toujours à l’esprit les incontournables : le Vieux Port, la corniche vers le parc Borely, les calanques, la " Bonne Mère ", vigie intemporelle de la cité phocéenne, la Castellane, quartier d’enfance de Zidane, le Vallon des Auffes et aussi le quartier des Caillols où il avait passé quelques congés et, à l’époque, rencontré Olive, marchand de vins.

    Cette nostalgie le satisfaisait pleinement.

    Afin de faire honneur à ces retrouvailles, il se para de ses plus beaux atours : un autre bermuda style " Tartan Ecossais " acheté à la braderie d’ Angers dans les années 95 qui, de toute évidence, le boudinait quelque peu. Marseille, ville emblématique de l’ O.M méritait qu’il revête son maillot de l’équipe de France 1998 floqué du numéro 10. De superbes chaussettes bleues assorties au maillot, ses sempiternels mocassins blancs, les Ray- Ban ® de Tom Cruise sur le nez et ses gants de conducteur années 60…Phil se sentait bien ainsi et se dit : " Marseille, à nous deux ! ".

 

    Ne devant retrouver son ami Maurice qu’en début d’après-midi, il décida de s’offrir une parenthèse royale en déjeunant à une terrasse du Vieux-Port, côté mairie. Il admira le panorama qui s’offrait à lui ; les bateaux et en arrière-plan la Basilique, sentinelle bienveillante. De l’autre côté du port, dans les ruelles surplombant celui-ci, il se souvenait avoir acheté lors de fêtes de Noël, de délicieux gâteaux, des " navettes " lui semblait-il. Nostalgie…

    Il ressentait un incommensurable sentiment de bonheur l’envahir. Il s’imaginait bien, en guise de promenade digestive, diriger ses pas vers " La Major " et le MUCEN, son proche et récent voisin. Le repas fut tout à fait digne d’un restaurant pour touristes. Savourant l’instant du café, il se déchaussa et posa ses pieds sur le fauteuil libre lui faisant face. Il remarqua bien l’extrémité trouée de sa chaussette droite mais il s’en moquait comme de sa dernière réflexion intelligente. Il pesta intérieurement contre Véronique qui, à l’époque, n’avait pas fait son boulot en ne la ravaudant pas. Bercé par le doux soleil du Sud, c’est à peine s’il remarqua l’arrivée de quatre hommes s’installant à la table voisine. Il comprit vite qu’il s’agissait de quatre copains qui se retrouvaient trente ans après leurs études. Marseille était bien une ville de rassemblement, au-delà des clichés.

    Ces quatre là étaient heureux de se revoir, le ton de leurs retrouvailles ne laissait planer aucun doute. Après que le café leur fut servi, l’un des quatre se dirigea vers les toilettes ; les trois autres commencèrent à parler de leurs enfants respectifs . Le hasard faisait qu’ils n’avaient, chacun, qu’un fils unique.

 

Dans le livre : Repas de 4 copains sur le vieux port.

 

 

    L’ambiance se fit tout à coup pesante sur la terrasse que Phil quitta ensuite. En longeant le quai, il déambula tranquillement vers le Fort St Jean et le MUCEN comme il l’avait prévu initialement. Il vit une affiche électorale restée oubliée qui le fit sourire ; elle avait été recouverte de deux larges bandeaux disant respectivement : " Si vous voulez faire travailler votre maire, ne le réélisez pas ! et sur l’autre " Sur votre déclaration de revenus, mettez-le comme personne à charge et votre député aussi : c’est le même ! ".Il n’eut pas le temps d’atteindre son but, son portable sonna. C’était Maurice qui s’était libéré de sa journée de travail, vers quatorze heures. Lui aussi pratiquait le sport local, le " fini parti " qui avait longtemps fait le bonheur d’employés municipaux préposés à l’enlèvement des ordures ménagères. Maurice, dans son bureau perpétuait malgré tout la tradition, un jour sur deux. Ce n’est pas pour rien que Fernand Sardou chantait le refrain " Aujourd’hui peut-être, peut-être demain…" C’est ainsi que les deux amis tombèrent dans les bras l’un de l’autre…Quelques cheveux en moins pour Maurice, quelques kilos en plus pour Phil.

    A quinze heures ils s’asseyaient pour entamer l’apéro du soir. Phil demanda :

- C’est vrai ce que j’entends dans les médias, il y a tant de problèmes que ça à Marseille avec l’intégration ?

 

Dans le livre : Marseille aujourd'hui.

 

 

Avoir tant parlé avait donné soif à Maurice. Il appela le garçon pour se faire servir deux autres apéros.

- Que veux-tu, mon pôvre Phil, l’homme amoureux vit d’amour et d’eau fraîche… Chez nous, à Marseille, on ajoute le pastis. Conclusion évidente, la première cause d’alcoolisme chez nous, c’est la femme !

Phil abonda dans son sens tout en évoquant les risques liés aux abus en tous genres. Son copain, jamais à court d’arguments, l’interrompt :

- Écoutes Phil, je crois entendre mon médecin qui n’arrête pas, depuis des années de me seriner la même chose ! Je lui ai vite cloué le bec avec quelques exemples :

- Si la marche et le vélo étaient bons pour la santé, le facteur serait immortel…j’en suis déjà à mon troisième !

- La baleine nage toute la journée, elle ne bouffe que du poisson, ne boit que de l’eau et pourtant elle est grosse !

- Un lapin, dans la garrigue, court et saute tout le temps mais il ne vit que quinze ans ; la tortue par contre ne court pas, ne fait rien et vit centenaire…ET VOUS ME DITES DE FAIRE DE L’EXERCICE ! JE SUIS EN BONNE SANTÉ, FOUTEZ-MOI LA PAIX ! ! !

Phil éclata de rire devant cette scène pagnolesque mais son sourire se figea vite devant le spectacle qui avait lieu sur le trottoir. Une femme, horrifiée disait à une autre :

- Céline, ton mari va se jeter par la fenêtre ! Il va sauter !

- Bouh, là…faut pas t’affoler comme ça !...le fada ! Dis vite à ce con qu’il a des cornes, pas des ailes !

   L’après-midi s’écoula paisiblement à la terrasse, à deviser et évoquer leurs vies respectives. Ils levèrent le camp pour rejoindre la maison de Maurice dans un quartier calme à l’écart du centre ville. Phil devait donc faire la connaissance de Sylvette, l’épouse de son copain. Maurice devait simplement passer à la pharmacie acheter du paracétamol.

Devant eux, une cliente s’approche du comptoir et demande :

- Vous avez de l’arsenic ou quelque chose d’équivalent ?

- Que voulez-vous en faire ? demande le pharmacien fortement suspicieux.

- Empoisonner mon mari, la juste dose sera suffisante.

- Quoi ! Vous plaisantez ? Je ne suis pas là pour vous vendre de quoi commettre un meurtre ! !

A ces mots, la femme ouvre son sac à main et en sort une photo puis la commente :

- Vous voyez, là, c’est mon mari en train de faire l’amour avec votre femme …

Le pharmacien, atterré, la regarde et dit :

- Ah…je reviens, je vais vous chercher ce qu’il vous faut…forcément, puisque vous avez une ordonnance, c’est différent !

 

   Ils récupèrent le paracétamol, le pain à la boulangerie, la voiture de Phil au parking et prennent la direction de la maison. Initialement, il avait prévu de séjourner dans un hôtel de la corniche où il avait entendu dire qu’il y trouverait " Le Roucas Blanc". Lorsqu’il sut qu’il s’agissait d’une source et non d’un vin blanc, il renonça ; en outre le tarif des chambres lui était inaccessible maintenant qu’il ne bénéficiait plus des largesses de ses notes de frais d’élu.

Le quartier était coquet, pavillonnaire et semblait très calme, ce que son ami lui confirma :

- Ça doit bien faire trois ou quatre jours qu’il n’y a pas eu de cambriolage dans le coin. Tu peux garer ta voiture sur le trottoir, elle ne gênera personne.

 

Dans le livre : Ahmed et son voisin le notaire.

 

 

   Quelques minutes plus tard, Sylvette descendit du bus, resta un instant circonspecte devant les vêtements de Phil ; Maurice fit les présentations et tous trois prirent la direction du pavillon du couple. En chemin, elle demanda à son mari :

- Qu’as-tu fais cet après-midi ?

- Rien…

- Ce n’est pas déjà ce que tu as fait hier ?

- Vouais…d’ accord mais je n’avais pas fini !

 

Installés sur la terrasse, ils prirent un jus de fruits et Phil en profita pour taquiner son copain :

- Tu râles après ton toubib mais je vois que tu bois du jus d’oranges…comme quoi, le discours sur les cinq fruits et légumes par jour…Maurice lui coupe la parole brutalement :

- Vouais…c’est bien gentil toutes ces fadaises, moi, ce que je sais, c’est que le matin, à la troisième pastèque, je cale !

    Phil ayant roulé sous la chaleur, il fut convenu de dîner tranquillement, de regarder la télé pour permettre aux deux hommes de se coucher tôt ; Maurice partant vers sept heures à son travail. D’un commun accord, ils choisirent de regarder l’enfant du pays, Jean-Michel Fouko, présenter "Qui veut gagner des biftons ? ". Ce soir là, c’est un curé qui a besoin d’argent pour sa paroisse qui s’est inscrit ; c’est un peu surprenant mais J.M Fouko qui en a vu d’autres trouve même l’idée sympathique. Le jeu commence et il pose la première question :

 

Dans le livre : Sacrée soirée...télé !

 

 

   Avant d’aller dormir, après tant d’émotions, il fut convenu que le surlendemain midi, un samedi, Phil ferait la connaissance des autres membres de la famille à l’occasion d’un repas sur la terrasse. Sylvette et Maurice avaient invité autour d’un barbecue trois de leurs nièces dont ils étaient très proches, Patrick leur fils psychiatre, sa femme Béatrice médecin spécialiste et leurs trois enfants, Pierre l’aîné, Martin né trois ans plus tard, Adèle sa jeune sœur puis Bertille la grand-mère et René, son mari.

   Le lendemain matin, Sylvette informa Phil qu’elle ne travaillait pas ce vendredi. Elle lui proposa de retourner se promener dans le centre de Marseille et Maurice devait les rejoindre vers treize heures. C’est ainsi qu’ils déambulèrent sur la Canebière jusqu’à l’église des Réformés et redescendirent par la Préfecture pour aller ensuite admirer la vue imprenable qu’offraient les jardins du Pharo sur la ville. Ils se dirigèrent ensuite vers la terrasse d’un restaurant du Vieux-Port. Le théâtre de rue qu’offrent les grandes villes fut l’objet d’une scène à laquelle ils ne s’attendaient absolument pas.

 

Dans le livre : Scène de rue à Marseille

   Maurice arrivé, ils déjeunèrent puis firent des achats en vue du repas du lendemain. Il fut décidé de finir la journée dans un restaurant asiatique de leur quartier en compagnie d’Aurélie, Clara et Morgane, les trois nièces et complices de Sylvette et Maurice. Ces trois "minettes" comme les appelait leur tonton étaient leur coup de jeune et d’après ces trois rigolotes, elles étaient la meilleure des garanties contre " l’arrivée des cheveux blancs et de la calvitie ", rien que ça !

La soirée démarra sur les chapeaux de roue grâce à Sylvette qui informa Clara :

- Les voisins, bien au courant sans doute, disent que tu couches avec ton fiancé !

- Les gens sont mauvaises langues, il suffit de coucher avec quelqu’un pour qu’aussitôt on dise que c’est ton fiancé !

Par jeu, cette fois, c’est la même Clara qui interpelle Morgane :

- Dis donc, cachottière, serais-tu malade ? Je te pose la question car en partant travailler mardi de bonne heure, j’ai vu le docteur sortir de chez toi…

- La belle affaire ! Moi, la semaine dernière, j’ai bien vu un militaire en uniforme sortir de chez toi et c’est pas pour autant que tu es en guerre, pas vrai ?

Un regard complice échangé et Aurélie, l’air détaché dit en rigolant :

- Bé moi, je suis bien contente d’être lesbienne, au moins je n’ai pas ces soucis !

Phil resté muet jusque là, tant ces jeunes gazelles étaient volubiles, lui demanda :

- J’avais remarqué que vous n’aviez pas de seins, c’est pour ça que vous êtes lesbienne ?

Elle le fusilla du regard et ironiquement mais calmement lui dit :

- Tu savais pas qu’une lesbienne sans seins, c’est une homo plate ?

   Comme à chaque fois qu’il ne comprenait pas qu’il venait de se faire vanner, Phil se contenta de son sourire niais…

   Le repas fut gai, Sylvette et ses trois jeunes voisines assurant comme à l’habitude l’ambiance pendant que leur oncle s’amusait de les entendre tchatcher de cette façon.

- Eh bé, mon Phil, quand tu les entends, tu comprends pourquoi Dieu à créé l’homme dix minutes avant la femme !

- J’ vois pas bien pourquoi…

- C’était la seule chance pour qu’il puisse en placer une sur notre bonne vieille planète, dite " Terre des hommes " et sais-tu pourquoi on l’appelle ainsi ?

- J’ vois pas bien pourquoi…non.

- Eh bé, regarde à côté de toi, essaies de faire taire des femmes !

- Ah oui, j’ai compris ! s’exclama Phil ; j’ai essayé avec mon ex, c’est vrai qu’il n’ y avait que l’écho qui avait le dernier mot !

- Vu comme ça, renchérit Sylvette, le divorce n’a pas dû être simple ?

- Si ! Les torts étaient partagés : 50% des torts pour elle et 50% pour sa mère !

- Mouais…c’ est pour ça qu’elle a eu la garde des minots et que tu donnes du pognon tous les mois…

- Ah, les hommes, vous êtes bien tous pareils…lui balança Sylvette, ironique.

- A celles qui disent que tous les hommes sont pareils, je leur réponds qu’il fallait pas tous les essayer ! C’est bien connu, les jambes servent aux hommes à marcher et aux femmes à faire leur chemin. C’est pour ça qu’elles se barrent tout le temps ; elles ressemblent aux girouettes, quand elles se fixent, elles rouillent ! Phil ne se rendit pas compte qu’il venait de traiter les quatre femmes de putes et ainsi se faire quatre sacrées copines ! Connaissant maintenant son passé, Sylvette et Maurice échangèrent un regard complice, sans illusion sur le personnage.


Dans le livre : Resto et philosophie orientale pas banale...

   C’est sur un éclat de rire qu’ils sortirent du restaurant et il fut convenu de se retrouver le samedi midi. Sylvette et Maurice s’endormirent persuadés que si le barbecue du lendemain n’était pas cramé, il risquait d’être gratiné… Le samedi matin fut consacré par Sylvette aux préparatifs culinaires tandis que son mari s’affairait à préparer le feu. Phil, dans un transat lisait son journal en finissant son petit-déjeuner.

   Vers midi, arrivèrent de concert les trois inséparables cousines rapidement suivies de Patrick, Béatrice sa femme, Pierre 16 ans, Martin 13 ans et Adèle 11 ans. Bertille et René arrivèrent les derniers, peu de temps après. Phil fut présenté par Maurice, l’ambiance fut rapidement détendue, les méridionaux ayant un bon entraînement dans ce domaine…Le pastis, à doses légères toutefois, se révéla un excellent starter. Rituellement, cette famille a pour habitude de faire une courte prière avant d’attaquer le repas. Phil, s’adressant à la jeune Adèle, lui demande discrètement :

- Chez toi aussi, vous faites une prière avant de manger ?Avec tout le naturel dont les enfants sont capables, elle lui répond :

- Non, chez nous ça va, ma mère sait très bien cuisiner ! Mais là, on est chez Nanou, ça doit être pour ça !

Sylvette part dans un fou rire, pas étonnée de la spontanéité de sa petite-fille. La discussion bifurqua sur les études des enfants, Phil demandant à Pierre ce qu’il envisageait pour l’avenir.

- Bof…je crois que je vais essayer de réussir dans la vie en quittant la France et aller au Canada, aux USA, en Chine ou peut-être en Australie…

A ces mots, Béatrice, dans un grand sourire, lui répond :

- C’est une excellente idée mon chéri mais procède quand même par étapes…Quittes d’abord Facebook, puis Twitter, puis You Tube, puis Deezer, puis WhatsApp, puis Viber, puis ta console, ton ordi, ton smartphone, ton MP3, puis ton lit et enfin ta chambre ; tu verras, ce sera déjà un grand pas de fait !Grand éclat de rire, le ton était donné et à table, la petite famille n’engendrait jamais la mélancolie !

   Béatrice était médecin spécialiste en gériatrie ; Patrick, son mari, psychiatre La discussion porta rapidement sur leurs activités respectives. Patrick leur raconte que, deux mois auparavant, il avait eu une consultation bizarre.- Je reçois un couple de quadragénaires et leur demande quel était le motif de leur visite.

- Accepteriez - vous d’assister à nos ébats amoureux ?


Dans le livre : Psychiatrie moderne...

   Prenant le relais, Béatrice raconte à son tour que son activité de gériatre dans une maison de retraite n’était pas non plus avare en surprises…

Dans le livre : Maisons de retraites en joie...

 

Maurice, entre deux éclats de rire, dit :

- Tu nous fais vieillir avant l’heure avec tes histoires de vieux ! Tiens, Sylvette, raconte donc plutôt ce qui est arrivé à notre voisine d’en face, c’est moins démoralisant ! Sylvette prend la parole :


Dans le livre : Visite chez le pédiatre.

Maurice enchaîne en interpellant Phil :

- Te souviens-tu, pour rester dans la pédiatrie, de cet accouchement à Marseille dont les médias ont beaucoup parlé ?

- Euh…non, pas spécialement.

- C’était il y a peut-être une bonne dizaine d’années, en 2004 je crois. C’était une bien brave femme qui n’avait pas de chance :

 

Dans le livre : Un accouchement et la Coupe du monde 98...

 

 

   Toute la famille resta muette, ils restèrent toutes et tous cois, médusés, affligés devant un tel niveau de connerie si spontanée, qui plus est !...à tel point, qu’ils eurent toutefois un doute et décidèrent d’en avoir le cœur net. Béatrice prend le relais de son beau-père et lance à la cantonade :

- C’est vrai qu’à Marseille ça ne rigole pas avec les bébés ! Phil, vous qui êtes arrivé il y a quelques jours, vous avez entendu parler du petit Castignade ?

- Non, ce nom ne me dit rien.

 

Dans le livre : Soyez prudents en allant sur ce marché de Marseille...

 

Phil s’exclame :

- Mon Dieu, quelle horreur !Toute la tablée s’arrête de rire, se regarde, effarée de constater que non, il ne plaisantait pas !

   L’après-midi s’étirait dans la bonne humeur confortée par ces deux épisodes peu glorieux pour Phil dont la réputation n’en sortait pas grandie.

   La discussion allait bon train et l’intérêt se reporta sur les grands-parents qui coulaient une paisible retraite à la sortie de Marseille, du côté de Montredon. René, au doux regard et à la moustache digne de Georges Brassens, dit :- Moi, j’ai l’intention de vivre éternellement …Eh bé, pour le moment, tout se passe comme prévu …

   Il avait une vie paisible et heureuse près de Bertille. Son cabanon, ses copains, l’apéro, son jardin et une bonne entente avec tout le monde. Il appliquait à la lettre un bon vieux principe de base : soyez gentil avec vos enfants, ayez toujours présent à l’esprit que ce sont eux qui choisiront votre maison de retraite. Il fit part de son envie de piquer un petit roupillon digestif, allongé dans un transat. A ces mots, Bertille rigole et lui demande :

- Tu vas encore faire une sieste, à cette heure ?

- C’est plus fort que moi, je peux pas rester sans rien faire !

Cela devait bien faire cinquante ans qu’ils se taquinaient comme au premier jour.

 

Le ton se fit peu plus grave lorsque Patrick s’adressa à Bertille, sa grand-mère :

- Excuses-moi d’aborder le sujet mais compte tenu de ton âge, il serait peut-être temps de formuler des souhaits concernant tes obsèques. Y as-tu pensé ?

Les discussions s’arrêtent tout net, tout le monde est suspendu aux lèvres de Bertille :

- Je veux être incinérée…Ouf ! Soulagement autour de la table, Bertille a bien pris la question se son petit-fils, y a répondu avec calme, puis ajoute :

Dans le livre :  Les dernières volontés de Bertille.

 

 

   Pour alléger l’atmosphère, d’un regard complice, les trois nièces jugèrent bon de changer de sujet et décidèrent de parler de leur travail, de leurs copains etc. Morgane attaqua la première et raconta à la tablée une anecdote intervenue peu de temps auparavant dans son bureau de la banque qui l’employait :

- Ma collègue avait vraiment envie et besoin de prendre quelques jours de congés mais savait que notre chef de service s’y opposerait. Elle a pensé qu’en jouant habilement l’employée surmenée, le coup était jouable…Après le déjeuner au self elle est remontée vite fait la première au bureau et s’est suspendue au plafond, tête en bas, en poussant des petits rires. J’arrive juste après, lui demande un peu inquiète ce qu’elle fait là. Elle m’ explique que si elle prétend être une ampoule électrique, le chef penserait qu’elle est victime d’un " burn-out " et ne voulant pas prendre de risque pour la banque, lui accorderait ces quelques jours. Quelques secondes plus tard, comme prévu, notre chef arrive, découvre la scène et dit :

- Bon sang ! Qu’est-ce que tu fais là ! ?

- Ben, ça se voit pas ? Je suis une ampoule électrique ! Il la regardait, inquiet…

- Il est clair que tu souffres de surmenage, il vaut mieux que tu retournes chez toi te reposer et ne revenir que lundi prochain.

Elle saute sur le sol, traverse le bureau, prend son sac à main et part…et moi, ayant aussi envie finalement de profiter de quelques congés, je lui emboîte le pas.

- Comment ça ? demande Patrick.

- Logique : le chef me voit partir derrière elle, il me pose la question :

- Et toi ? Où vas-tu comme ça ?...je lui ai répondu :

- Je retourne aussi chez moi jusqu’à lundi, je suis absolument incapable de travailler dans le noir !Décidemment, les jeunes gazelles étaient bien décidées à mettre de l’ambiance ce qui était assez habituel de leur part lors des repas de famille…Au moins étaient-elles certaines d’échapper aux sempiternelles discussions sur la politique, les retraites ou le dernier match de l’ O.M.

Aurélie, assumant parfaitement son homosexualité, prit le relais de Morgane sans hésiter…- Que je vous raconte, ce qui est arrivé à l’un de mes meilleurs copains !

 

Dans le livre :  Un jeune, la Ferrari et un tracteur...

 

   René, habitué aux facéties de ces jeunes délurées n’en perdait pas une miette et sa moustache frissonnait de ces instants de bonne humeur familiale. Il savait que le rythme ne baisserait plus et se dit qu’après tout, mettre son grain de sel…

- Dites donc, les jeunettes, à propos de voiture…J’ai connu un gars, un jour qui emmène sa maîtresse dans un hôtel. Il arrive dans le parking, il y voit la voiture de son beau-père !..." Le salaud, se dit-il, lui qui fait toujours la morale à tout le monde, je vais lui apprendre à vivre ! ". Il s’approche de la voiture, casse les vitres, pique l’autoradio, un beau briquet en or oublié sur la console centrale. Le soir, impatient, il va rendre visite à son beau-père, curieux de voir s’il lui parlerait de sa mésaventure !...A son arrivée, il le trouve effectivement très en colère…

- Beau-papa, qu’est-ce qui vous met d’aussi mauvaise humeur ?…Un problème ?

- Ne m’en parle pas, j’ai prêté ma voiture à TA femme pour aller en ville et pas de bol, on lui casse les vitres, on m’a piqué ma radio et mon briquet !

 

Clara, à son tour et pas du style à être la dernière à en rajouter une couche, se mêle des débats !

- Mes parents ont des voisins pas tristes non plus ! La femme avait un amant qui lui rendait visite à la maison jusqu’au jour où son fils de dix ans qui flairait quelque chose s’est discrètement planqué dans le dressing de sa chambre pourépier leurs ébats. Pas de chance, le mari rentre plus tôt que prévu ; aussitôt elle dit à son amant de se cacher dans le dressing. Au bout de quelques secondes...

 

Dans le livre :  Qui est là ?

 

Phil, resté muet jusque là, crut bon de rajouter :

- Eh bien, Marseille, c’est comme partout ailleurs…toutes des salopes !

Tout comme au resto, l’idée que six femmes et une petite fille étaient présentes ne l’effleura pas…Il s’enfonça encore un peu plus en insistant :

- Ça fait longtemps que je sais pourquoi le cerveau des femmes est divisé en quatre parties…Personne ne relève et il apporte la réponse :

- Une pour chaque bouton de la cuisinière ! C’est encore là qu’elles sont le mieux et ne devraient pas en bouger !

Sylvette se retient autant qu’elle le peut puis, ironiquement lui pose une question :

- Il n’y a vraiment rien qui vous attire quand vous voyez une femme ?

- Oh moi, si les femmes savaient où je les regarde, elles feraient des sacrées économies de coiffeur et de maquillage ! Avant que ma pétasse ne divorce, je l’aimais tellement que je ne voulais pas l’user ; je me servais de celles des autres !

   Les femmes présentes se regardent, profondément sidérées, outrées. Une fois de plus, ce fut Sylvette qui vengea la gente féminine et lui décocha :

- Eh bé, il vaut vraiment mieux avoir une boite de Whiskas ® à la maison plutôt que vous avoir.

- Ah bon ! Pourquoi ? Se risqua-t-il à demander.

- Au moins, dans la boite de pâtée pour chats, je suis sûre de trouver du cœur et de la cervelle !

   Phil médita longtemps, longtemps…Le soir venu, tout le monde se sépara, la famille avec des œillades complices et Sylvette levant les yeux au ciel ; Maurice également restait perplexe, persuadé que dans l’intimité de la chambre conjugale, il aurait des échos sur son copain…

 

   Phil resta un moment sur la terrasse à regarder Marseille illuminée. Il constata avec dépit qu’il venait d’écraser son dernier mégot dans l’un des pots de fleurs de la maîtresse de maison. Joker ! Se dit - il et plein d’espoir, il décide d’aller voir dans sa voiture s’il ne restait pas un paquet à traîner.

   Dans la rue il ne put que constater que la voiture n’était plus là. Maurice ayant entendu le portail, s’étonne de ne pas le voir revenir et descend à sa rencontre. Il trouve Phil, près du lampadaire, occupé à regarder autour de lui. Il comprend tout de suite la situation :

- Je ne me souviens plus, tu l’avais garé ici ?

- Non, pas forcément mais c’est là qu’il y a le plus de lumière, grâce au lampadaire…

- Bé ouais, forcément ; vu comme ça…Maurice savait qu’il arriverait malgré tout à faire rire sa femme; sa nuit était sauvée.

   Dès le lendemain matin, il accompagne Phil déposer plainte au commissariat. Il leur fallait patienter, un homme venait de les précéder.Cet homme voulait absolument faire une déposition pour personne disparue. Sa femme était partie avec la voiture faire des achats dans le centre ville et, depuis, plus de nouvelles. Elle n’avait pas pris son portable.

 

Dans le livre :  Une femme disparait mais pas que...

 

   En ressortant du commissariat, il eut l’impression d’avoir trouvé encore plus con que lui. Maurice le rassura immédiatement. Phil insista lourdement :

- Tout le monde sait qu’il y a une différence entre un baril de lessive et un commissariat. Dans le baril de lessive, il y a toujours au moins deux agents actifs !

   De nouveau, Maurice le rassura pleinement. Le policier rencontré avait parfaitement bien fait son travail et ne lui arrivait pas à la cheville…

   Après le déjeuner, Maurice part à une réunion de son club de pétanque ; à la maison, Sylvette fait comprendre à Phil que suite au repas de la veille, elle voulait remettre la maison en ordre. Manifestement, elle le considérait comme indésirable et sa présence l’insupportait au plus haut point. Il suggéra d’accompagner Martin, le fils de Béatrice, voir un film. Sylvette lui appela un taxi et il passa prendre le jeune garçon chez ses parents.

Le chauffeur leur rejoua en quelques minutes les quatre films de la série de Luc Besson, " Taxi ". Phil, peu téméraire, lui en fait la remarque :

 

Dans le livre : "Taxi" et " Drôles de dames "...

 

   De retour du cinéma, le dîner fut servi sur la terrasse ayant retrouvé son calme habituel. Un nouveau convive partageait le repas. Les hôtes avaient invité Henri, un ami prêtre du couple qui, depuis longtemps partageait la vie de cette famille. Il avait su, lors de moments difficiles dans les années passées, être proche et apporter le réconfort indispensable dans des épreuves traversées.La discussion tourna vite autour des changements que connaissait l’Eglise en ce début de vingt et unième siècle et les réformes qui pourraient intervenir. Henri expliqua que de profondes mutations avaient failli voir le jour peu de temps auparavant. Les dirigeants du Syndicat des Producteurs Indépendants de Pastis s’étaient rendus au Vatican pour faire une offre au Pape François :

 

Dans le livre : Business is business...

 

   Henri était par ailleurs soucieux. Un nouveau prêtre devait le lendemain prononcer son premier sermon dans l’église de sa paroisse. Il était tellement angoissé à cette idée qu’il était venu solliciter son aide. Contre toute attente, Henri s’était résolu à lui conseiller de verser quelques petites gouttes de vodka dans un grand verre d’eau afin de se détendre. Pour le rassurer pleinement, Henri lui avait promis qu’il assurerait une présence discrète près de l’autel et qu’à l’issue de la cérémonie, il lui ferait part de ses éventuelles observations.

Par solidarité et amitié, Sylvette et Maurice décidèrent d’accompagner leur ami à cet office.

   Le lendemain, le résultat fut là, le prêtre était satisfait de son sermon, il était parfaitement détendu, pas du tout paralysé par le trac. A l’issue de cet office, Henri dit à ses amis " Je rédige rapidement mes observations et lui dépose dans une enveloppe à la sacristie ". Cela ne lui prend que quelques instants ; Sylvette et Bernard lisent par-dessus son épaule :

 

Dans le livre : Carnet de notes...

 

   Sylvette ne fut pas fâchée de voir arriver le jour du départ de Phil vers sa prochaine destination, la Corse. Il devait retrouver là bas une vieille connaissance ex-collègue élu local. Maurice devait le conduire à l’aéroport de Marseille - Provence mais jugea plus prudent de partir en avance sachant que ce jour là, l’aéroport et le stationnement seraient perturbés par une visite officielle. L’idée se révéla fort pertinente. Le Pape François venait d’arriver en France et commençait son séjour par Marseille.

   Cérémonie d’honneur pour son accueil, malgré la simplicité requise par le Pape, puis transfert sous haute sécurité vers le centre ville. Après avoir rangé les bagages dans le coffre de la limousine, le chauffeur remarque que François reste sur le trottoir.

- Excusez-moi, Votre Sainteté, voudriez-vous vous installer afin que nous puissions partir ?

 

Dans le livre : Visite papale à Marseille.

 

   Enfin, Phil put accéder aux formalités d’embarquement mais ce jour là, et pour cause, c’était un plan Vigipirate renforcé qui était mis en place par les autorités, y compris pour les vols intérieurs. Une grosse pagaille régnait, la file des départs croisant celle des arrivées, toutes provenances confondues. Au contrôle des identités, un homme très noir de peau montre un passeport sur lequel est collée la photo de Leonardo DiCaprio. Le douanier, très étonné regarde l’homme, le passeport, l’homme, le passeport puis décide d’appeler son supérieur, ne voulant prendre aucun risque :

- Dites-moi, chef, vous qui êtes bien plus culturé que moi…le Titanic, il a coulé ou il a brûlé ? ? ?

 

   Quelques minutes plus tard, Phil est à bord et, gratuité oblige, prend tous les journaux offerts puis jette un œil sur la rubrique des petites annonces à la catégorie " Rencontres ", sait-on jamais, se dit-il. Pour commencer, deux annonces sans aucun intérêt pour lui :

- Artificier cherche femme canon,

- Sourd rencontrerait sourde pour trouver terrain d’entente.

La maigre rubrique " Offres d’emplois " quant à elle reflétait bien cette période de crise :

- Metteur en scène cherche nain pour court métrage,

- Offre beau troupeau de vaches, paiement par traites,

- Recherche deux hommes de paille (1 grand et 1 petit) pour tirage au sort,

- Cannibale mélomane cherche place dans opéra bouffe.

Dans la rubrique des faits divers était relaté un procès de Cour d’ Assises durant lequel un marseillais avait déclaré aux juges :

- J’ vous le jure j’avais pas vu que ma femme bougeait quand j’ai planté le parasol !

- Quinze fois de suite ?

- C’était tout mou, ça tenait pas !

 

L’appareil décolla tandis que Phil, mettant le voyage à profit, s’endormait.

 

A SUIVRE...Vers la Corse...

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