CHAPITRE 11 - LA ROUTE DU LOT ( Extraits )

 

   Infidèle à ses principes écolos comme à l’accoutumée, il prit l’autoroute A64 vers le Sud-est. Ayant du temps devant lui, il décida de faire un sacré crochet en remontant vers Gaillac dans le Tarn mais en faisant d’abord étape dans le Lot. La deuxième étape dans le Tarn avait pour but de lester l’arrière de la voiture de quelques cartons de crus locaux. Il se disait simplement qu’il lui faudrait bien les dissimuler au fond du coffre pour ne pas susciter la convoitise de ses prochains hôtes même en échange de leur hospitalité !

    Tout d’abord il avait décidé de faire étape à Martel, dans le Lot. Il y était passé rapidement quelques années auparavant et avait beaucoup aimé. Il s’était donc promis d’y retourner et d’y accorder plus de temps. Cette jolie bourgade avec ses sept tours, témoins de son riche passé était par ailleurs jumelée avec Tequila au Mexique. Ce dernier point ne pouvait que la lui rendre encore un peu plus sympathique.

    Au volant il écoutait la radio, une "star de la télé-réalité" était l’invitée du jour. Il se souvenait bien de cette jeunette tant il était friand et inconditionnel de ces émissions. Il se souvenait qu’elle était kitée de partout, elle ressemblait à une voiture volée qui aurait été maquillée au fond d’un garage louche. Le dialogue était croustillant entre elle et Laurent Ruquier :

- Si vous partiez sur une île déserte avec un livre, vous choisiriez quel auteur ?

- Euh …ben…j’ sais pas…vingt centimètres !

- Vincent qui ? Demanda malicieusement Laurent Ruquier. Pas surpris par la réponse, il enfonça le clou :

- Vous pouvez nous donner votre avis sur Saint- Gobain ?

- Euh …ben…j’ sais pas trop…c’est une ville près de Saint-Étienne je crois mais j’sais pas si y jouent dans la même division, au foot…

- Ce n’est pas grave, la rassura son vis-à-vis ; parlez nous de Saint-Exupéry alors ?

- Euh…ben…j’ sais pas trop…y’ a longtemps que j’ suis pas été au catéchisme...

   Rien n’étonna Phil dans ce dialogue surréaliste mais profitant d’une page de publicités, il bascula quelques instants sur une station d’informations. C’est ainsi qu’il apprit en quelques secondes que :

- François Hollande s’était mis à jouer aux dames pour oublier ses échecs,

- Que le même François Hollande avait décidé seul, sans en avertir quiconque, de raser l’ E.N.A et d’implanter sur le site, une chênaie. Dans le cadre de la réduction des dépenses de l’Etat, il lui semblait évident que si le but final était d’obtenir des glands, cela reviendrait moins cher aux contribuables.

 - Le Tout-Paris bruissait d’une folle rumeur : Carla était sur le point de quitter Nicolas. Elle tint à publier illico un démenti formel précisant toutefois que si tel était le cas, elle pourrait enfin se remettre à porter des talons hauts.

 

    Quelques heures plus tard, il arriva à Martel et se gara en centre ville. Après avoir acheté " L’Equipe "© il traversa la place Gambetta et déjeuna en terrasse. Il lut les articles sur le foot, ceux sur le rugby lui demandant un trop grand effort. Après le repas, il prit possession de sa chambre d’hôtel situé non loin de là puis il prit le temps de déambuler dans les rues. Le soir venu, il resta dîner à son hôtel.

Une femme attira son regard. Pour une fois, avec un peu de classe, il la laissa profiter de son repas et ensuite seulement il l’invita :

- Puis-je vous offrir un doigt de porto ?

- Pour le porto oui, pour le doigt, vous pouvez le garder.

- Vous allez bien ?

- Oui, avant j’étais schizophrène, maintenant nous allons mieux…

   Il réussit, malgré ses débuts difficiles, à engager la conversation ; apprit aussi qu’elle était en déplacement professionnel et surtout qu’elle était seule dans la vie :

- Je n’ai jamais vraiment trouvé l’homme idéal. Lassée, j’ai même mis une annonce sur Internet pour trouver un mari.

- Vous avez eu beaucoup de réponses, j' imagine…belle comme vous êtes !

- Dès le lendemain ; plus de cent cinquante ! Uniquement des femmes me disant toutes la même chose : " Viens chercher le mien ! ".

- Vous avez eu combien de maris au préalable ?

- Vous voulez dire en dehors des miens ? J’ai déjà donné, j’ai été mariée deux fois. Dites-moi, vous ne seriez pas en train de me draguer par hasard ?

Phil, avec beaucoup de naturel, tout au moins celui qui était le sien, répondit :

- L’homme a soif d’amour, c’est pas pour ça qu’il doit se jeter sur la première cruche, pas vrai ?

 

Comprenant instantanément le genre de type à qui elle avait affaire, elle enfonça le clou pour voir s’il était vraiment con à ce point…

- Vous savez, le problème c’est la réputation que vous, les hommes, faites aux femmes d’une manière générale. Il suffit de voir la discrimination dans la vie professionnelle : ce sont bien les hommes qui touchent les parachutes dorés pour faire un atterrissage de fortune ?

Phil abonda dans son sens :

- Il faut dire aussi que les femmes travaillent moins que les hommes !

- Normal ! C’est parce que nous, les femmes, lorsque nous faisons quelque chose nous le réussissons du premier coup ! Prenons un autre exemple : sur les panneaux routiers à l’endroit d’un chantier, c’est bien un homme que l’on représente en train de bosser ? Vous savez pourquoi ?

- Euh…non, pas vraiment…Répondit mollement Phil.

- Nous, les femmes, travaillons tout le temps et discrètement. Pour les hommes, c’est beaucoup plus rare et parfois dangereux. Voila pourquoi il faut le signaler !

 

Phil ne voulut rien lâcher et essaya de l’apitoyer avec sa difficile vie de couple et la douloureuse séparation…Il insista :

- Bof, vous, les nanas, vous avez du mal à rendre un homme heureux…Cela dit, si le travail vous paraît trop dur, mettez vous à plusieurs !

Insistant sur l’intérêt qu’il lui portait, il lui déclara :

- Personnellement, voyez-vous, je me verrai bien faire ma vie avec une jeune et belle gonzesse comme vous. Vous pourriez m’imaginer avec vous ?

- Oui, exactement comme les oreilles du taureau.

- J’avoue ne pas comprendre…

- C’est pourtant facile : loin des fesses et tout près des cornes !

Elle se leva, lui souhaita bonne nuit et le quitta sur ces mots :

- Que voulez-vous, mon pauvre ami, la vie n’est pas simple ! Les petits garçons aiment les soldats, les petites filles aiment les poupées, les grands garçons aiment les poupées et nous, les grandes filles, on aime les soldats. Allez comprendre !

 

    Il finit sa soirée au bar à écluser deux bières avec un autre homme seul, Roger, puis il regagna sa chambre, alluma la télé pour constater que TF1, après les meurtres à Miami, passait à cette heure tardive les meurtres à Los Angeles avant de finir la nuit avec les meurtres à New York. Phil comprit ce soir là, pourquoi avec autant de séries sanglantes, on avait inventé les écrans à plasma.

  

   Au petit déjeuner, il retrouva Roger. Ce dernier, de passage également dans la région l’invita à le suivre sur le parcours de golf de Souillac, non loin de là. Il accepta et revêtu de son bermuda à carreaux acheté en solde dans les années 90, ils prirent la route de ce parcours de 18 trous. La relative fraîcheur matinale lui remit les idées en place après les excès de la veille. Roger ne connaissant pas ce parcours très vallonné fut distrait par le bavardage de Phil ; s’embrouilla quelque peu dans son jeu et douta, un instant, de l’endroit exact où il se trouvait. Regardant autour de lui, il aperçoit une femme qui joue devant lui, s’approche et lui fit part de son doute.

 

Dans le livre : Un golf, une Belge, une Ferrari, son propriétaire et Phil...sacrée rencontre !

    Roger pas fâché de prendre un peu d’air frais reprit la route directement vers une autre destination.

     Phil rentra à son hôtel de Martel. Arrêté à un " stop ", un mendiant tapa à sa vitre de voiture entrebâillée et quémanda une pièce :

- S’il vous plaît, monsieur, j’ai faim…

Phil regarda sa montre et lui répondit avec une élégance rare :

- C’est normal, il est dix-neuf heures, moi aussi !...Avant de redémarrer sauvagement. Il ricanait stupidement, pensant encore à cette phrase de Coluche : " Dieu a dit : il faut partager. Les riches auront la nourriture, les pauvres auront l’appétit ".

 

    Le lendemain matin il entreprit d’aller visiter Collonges-la-Rouge. Un peu fatigué après sa journée au golf, il préféra prendre le car régional. Plusieurs personnes attendaient à l’arrêt et devant lui, une jeune fille brune en minijupe très serrée.

Dans le livre : Transports en commun...

Une fois installés, chacun d’un côté de l’allée centrale, elle le fusille du regard et lui balance :

- N’essayez pas de me draguer ou je vous en colle une autre !

 

Dans le livre : Définition d'une fille Ikéa...l selon Phil.

 

   Le car se gara sur les emplacements réservés, à droite de la route, face à la rue en pente donnant accès au centre ville.

   Conformément aux propos du patron de l’hôtel, il fut étonné par l’étonnante couleur des murs des maisons de cette cité historique dont le nom n’était pas usurpé. L’artisanat et le commerce y étaient florissants, les échoppes, les magasins et les terrasses se succédaient au fil des ruelles. Il déambula ainsi pendant deux heures, tout juste trouva-t-il un côté un peu trop " marchands du temple " à l’ensemble.

Un peu las, il remonta tranquillement avec l’idée de se mettre à l’ombre en attendant le car duretour. Son attention fut soudain attirée par...

 

Dans le livre : rencontre totalement imprévisible et conclusion...logique !.

 

   Le retour sur Martel fut calme, tout comme sa dernière soirée.

   Il trouva, sur Arte, une émission dans laquelle un représentant du Dalaï Lama affirmait que pour obtenir la paix intérieure nous devrions toujours finir ce que nous avions commencé. C’était à cette seule condition que nous bénéficierions de davantage de calme et de sérénité dans nos existences."

   Finir ce que nous avions commencé…" Ces paroles inspirèrent Phil. Profitant de l’heure très tardive, il descendit discrètement au bar de l’hôtel plongé dans l’obscurité. Une heure plus tard, il était revenu dans sa chambre et envoya un courriel au copain qu’il devait retrouver lors de son étape suivante.

   Il commença tant bien que mal à rapporter les propos entendus sur Arte puis tapa : " J’ai regardé autour de moi, j’ai fait le tour du bar pour trouver les choses que j’avais commencées sans les terminer…et j’ai fini : une bouteille de Châteauneuf-du-Pape, une boureille de côtes du roussivon, une pouteille de laillon quetai pas cor comencé, une vouteille de bodka, une buteil de rom et l’rest d’wiski. Tou nimmagine pacom jem sen achement mieu mintnan ! Psass el mssage a touceu con bsoin de pai intrieur et di leurr ke jeu lezem. Phil. A bient t^o" !

   Levé tard, Phil avala deux litres de café, régla sa lourde note et fit route vers Labastide de Lévis pour, comme il se l’était promis, lester le coffre de sa voiture de quelques flacons du cru. Il visita une vieille cave au fronton de laquelle était gravé " Bonum vinum lætificat cor hominis"(1) ce qu’il traduisit un peu rapidement par " Jésus changeait l’eau en vin, tu m’étonnes pas que douze mecs le suivaient en permanence ! ".

   Le ravitaillement effectué, le cap fut mis sur son étape suivante.En cours de route, il prit deux auto-stoppeuses dont l’une ne faisait qu’un très court trajet. Soudain, comme cela arrive souvent, un oiseau " s’oublia " sur le pare-brise de la voiture. L’une des filles dit :

- Il va falloir l’essuyer !...Ce à quoi la seconde répondit :

- Ça va pas être possible, il est déjà trop loin !

    La première passagère descendue, il reprit sa route avec l’autre fille. Il commença illico à la draguer et apprit avec surprise qu’elle avait réservé une chambre dans le même hôtel, à Albi. Elle lui fit toutefois remarquer qu’elle le trouvait un peu trop entreprenant. A ces mots, il lui dit sans détour :

- Bah, que voulez-vous, quand on veut, on peut…je vous veux, je peux ?

Les kilomètres défilent dans un grand silence. Comprenant qu’il avait été un peu lourdingue, il calma le jeu en lui demandant quel job elle exerçait.

- Je suis dans l’informatique.

Forcément pertinent et délicat, il lui demande :

- Savez-vous quelle est la différence entre une informaticienne en pantalon et une informaticienne en jupe, comme vous ?

- Non .

- Le temps d’accès !

 

   Arrivés à leur hôtel, ils prirent possession de leurs chambres respectives et contre toute attente, elle accepta de prendre un apéritif au bar. Cette magnifique région au riche passé historique attire bon nombre de touristes du printemps jusqu’à l’automne. Ce ne fut donc pas une surprise de voir attablés auprès d’eux un Belge et à une autre table voisine, un Américain déjà occupé à dîner. Ce dernier engagea la conversation avec son proche voisin.

 

Dans le livre : rencontre américano-belge et bulle spéculative...

 

Phil et la fille s’amusèrent de ce tacle bien senti mais il était bien décidé à sortir le grand jeu et la mettre dans son lit après le repas.

- Alors, heureuse de m’avoir rencontré ? Je mets des sens en émoi chez vous ?

- A propos " des sens ", vous me faites penser à une pompe à carburant.

- Comment ça ?

- A vous regarder tout à l’heure, je me disais que des pieds à la ceinture, comme beaucoup d’hommes, c’est super ; de la ceinture aux épaules, c’est ordinaire et du cou à la tête, c’est sans plomb…

Phil ne lâchant jamais rien lui fit remarquer qu’il se trouvait pourtant beau mec, pas loin du mâle parfait. Elle lui fit illico comprendre qu’elle avait un avis un peu différent :

- Savez-vous que les mensurations idéales d’un homme, c’est 80-20-42 ?

- Heu…Non !

- J’explique : 80 ans, 20 millions d’euros sur son compte, 42° de température !

Quelque peu excédé par tant d’inhabituelle résistance, il répondit avec son sourire le plus charmeur :

- Attachez-vous plutôt à l’intelligence, à la sensibilité, à la beauté…trois qualités que vous trouverez réunies en un seul homme : moi !

Tout en le regardant d’un air narquois, elle articula clairement sa réponse :

- Intelligent, beau et sensible en un seul homme, on appelle ça un homo ! Alors, forcément, on ne couchera pas ensemble ce soir !

    Ayant déjà terminé sa salade, elle se leva et regagna sa chambre, heureuse d’avoir mis fin à la discussion avec ce type, décidément imbuvable !

    C’est seul que Phil avala son dessert, une énorme coupe avec, au fond, une petite boule de glace recouverte d’une montagne de crème Chantilly. Il finit la soirée seul, au bar où une bonne vingtaine de clients discutaient tranquillement, discrètement. Lui, venait juste de commencer son demi de bière.

 

Dans le livre : Un grand moment de solitude et la coupe du monde de foot 1998...

 

    A cet instant précis, le con n’était pas glorieux…

 

    L’alcool et la Chantilly rendirent sa nuit compliquée.

    Le lendemain matin, au lever, en mettant sa chemise, le bouton lui resta dans les mains. Ensuite, en laçant ses chaussures, le lacet fit de même. Il en conclut que ce n’était pas le moment d’aller pisser…

   Le " chat noir " ne le quitta pas pour autant. En sortant de l’hôtel, il se tord la cheville ! La patronne de l’établissement, compatissante l’accompagne aux urgences de la clinique privée toute proche.

   Une fois les soins reçus, une religieuse finalise son dossier et lui demande comment il envisageait de régler la facture :

- Vous avez une assurance maladie ?

De mauvaise humeur, par esprit de contrariété, il répond :

- Non, pas d’assurance maladie.

- Une mutuelle ?

- Non, pas de mutuelle.

- Un chéquier, une carte bancaire ?

- Non, ni l’un ni l’autre.

- Un membre de votre famille qui pourrait vous aider ?

- Je n’ai qu’une sœur, vieille fille, qui est religieuse dans un couvent.

La sœur se fâche et sèchement lui dit :

- Les religieuses ne sont pas de vieilles filles, elles sont mariées à Dieu !

Phil se lève, commence à sortir et le plus candidement du monde, dit :

- Et bien, dans ce cas, c’est parfait, envoyez donc la facture à mon beau-frère !

 

Un bandage autour de la cheville, il reprit le volant vers son prochain rendez-vous de retrouvailles.




(1) Le bon vin réjouit le cœur de l'homme

 

A SUIVRE...Phil se rapproche de la Méditerranée..

Et toujours  : la messagerie " laroutedurire2016@gmail.com " pour les messages et les modalités de commande en direct du livre. Les frais de port sont offerts.

Merci et à bientôt !